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Grand Orgue Collégiale de Vitry le François

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Fondée en 1118 par Saint-Bernard, l’abbaye cistercienne de Trois-Fontaines a été reconstruite à partir de 1740 par son abbé commendataire le cardinal de Tencin ; il est possible que l’orgue transformé en 1788-1789 par Jean Richard ait été édifié à cette époque qui avait été aussi celle de l’aménagement de l’ancienne église romane dans le goût du 18e siècle.
Les termes du marché conclu le 15 février 1788 avec Richard sont suffisamment précis pour nous donner une idée exacte des travaux de facture d’orgues qui furent réalisés : partant de l’ancien instrument, le Nancéien édifia un orgue neuf en réutilisant la tuyauterie de l’ancien, à l’exception des principaux de 8 et 4 pieds qui devaient s’adapter au nouveau plan de la façade ; la composition passa de 32 à 39 jeux, notamment au profit des anches brillantes que l’on affectionnait à la fin du siècle (cf. compositions comparées) ; de plus, un nouveau buffet était construit aux
frais de l’abbaye sous la direction de l’organier.
Là encore, le marché ne laisse place à aucune équivoque concernant ce dernier point ; il est donc inutile de chercher à voir ici une synthèse entre un meuble de style Louis XV et une partie centrale datant de la fin du règne de Louis XVI (cf. SI 41 et 382) dans ce buffet parfaitement homogène édifié en 1788, en réutilisant le bâti du

meuble précédent, découvert précisément derrière la partie centrale du grand corps lors de sa restauration. D’ailleurs, l’esthétique de ce mobilier est conforme aux réalisations contemporaines de Jean Richard, comme à Vitry-en-Perthois, Ancerville (Meuse), Langres, ou encore au positif dorsal de Meuvy (Haute-Marne), construit par
son élève Jean-Baptiste Gavot.
Au moment de la Révolution, la somme de 5.000 livres encore due à Richard par les moines de Trois-Fontaines fut déclarée dette nationale et lui fut payée par le trésorier du district de Vitry (SM1056).


LE TRANSFERT à VITRY
Après la suppression de l’abbaye, en 1791, la fabrique de Notre-Dame de Vitry-le-François décida de lancer une souscription en faveur de l’acquisition de l’instrument ; il est probable que l’orgue de cette église, réparé en 1649 par Chrétien Donchery, en 1761 par Jacques Cochu, puis en 1790 par un certain Lépinay (peut-être le fac-
teur vouzinois Pierre Dépinois, rencontré vers 1791 à Cernay-en-Dormois ?), devait être à bout de souffle. En janvier 1792, la souscription n’ayant produit qu’une somme de 132 livres, la paroisse s’adressa à la municipalité qui prit l’affaire à sa charge ; le facteur vitryat Jean-Baptiste Salmon se chargea du transfert moyennant
1.000 livres qui s'ajoutèrent au prix de 1.200 livres payé pour l’instrument (il avait coûté 8.000 livres en 1789..,) ; enfin, on décida de consacrer les fonds primitivement destinés à l’achat de canons à la construction d’une tribune neuve, à la place de celle qui avait été édifiée en 1755 lors du transfert de l’ancien orgue, précédemment installé au fond du transept sud, à l’emplacement de l’actuel (SI 380).
Salmon resta chargé de l’entretien de l’instrument jusqu’à sa mort ; en 1826, il effectua un relevage, transforma le ravalement du La grave en premier Ut dièse, et décala probablement la Grosse Trompette en Bombarde. A partir de 1833, Hippolyte Ergault, également de Vitry, lui succéda moyennant un traitement de 72 francs par an ; en 1840, il réalisa quelques réparations, notamment à la soufflerie.


LES TRANSFORMATIONS DU 19e SIECLE
En 1845, l’orgue se trouvait toujours très proche de son état d’origine, au détail près de la Grosse trompette décalée et d’un Clairon qui était venu prendre la place de la Cymbale du positif. La Maison Daublaine-Callinet, représentée par l’organiste de Notre-Dame de Paris, Félix Danjou, proposa un devis de réparations et d’augmentations dont le montant fut arrondi à 5.500 francs. Les deux claviers supérieurs disparurent au profit d’un récit expressif de sept jeux et la soufflerie à
quatre lanternes fut remplacée par un réservoir à plis parallèles ; enfin, des travaux supplémentaires modifièrent la composition du grand-orgue, entraînant la suppression de la Quarte et de la Tierce. Ces transformations furent reçues à la fin
du mois de juillet 1845 par Grégoire Uffoltz, organiste de la cathédrale de Troyes, et Muller, organiste à Châlons.
La restauration effectuée de 1883 à 1886 par la maison Jaquot-Janpierre fut surtout préjudiciable au positif qui y perdit la quasi-totalité de ses anches et les quelques mutations et mixtures qui lui restaient ; la composition s’infléchit vers le style symphonique avec un accroissement des fonds de 8 pieds, l’apparition des ondulants au récit, et la pose d’une Flûte ouverte de 16 au pédalier, étendu à 27 notes.


LA RENAISSANCE
Après les relevages d’Henri Didier en 1906, puis de Delacour-Wauthier en 1942, à la suite des dégâts des eaux occasionnés par les bombardements de juin 1940, l’instrument avait gardé sa disposition de la fin du 19e siècle. Malgré les
interventions mutilantes de Daublaine-Callinet et de Jaquot-Jeanpierre, il avait conservé 25 jeux anciens, les sommiers des deux premiers claviers, une bonne partie de sa mécanique, et bien sûr, son somptueux buffet ; l’ensemble fut classé
en 1963 à la suite d’un rapport rédigé par Pierre Eschenbrenner.
Dès 1957, le conseil municipal avait envisagé de restaurer l’orgue de Jean Richard ; il fallut attendre plus de vingt ans pour que cette décision fût suivie d’effet et aboutît finalement à la reconstitution historique qui fut assurée par la maison Hærpfer (Jean-Marie Meignien technicien-conseil ; Gaston Litaize rapporteur) ; lors du démontage, on eut la chance de découvrir la Cymbale du grand-orgue qui avait été abandonnée par Jaquot sur le toit du meuble, ce qui porta à 26 le nombre de jeux anciens conservés.
Depuis son inauguration le 14 octobre 1983, le seul grand orgue préservé de Jean Richard est régulièrement utilisé pour le culte et pour leconcert, à la satisfaction de tous.

Accouplements à tiroir I / II

Tirasses II

Tremblant doux

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